Surveillance numérique
La France a été le premier pays européen à autoriser l'IA de surveillance dans l'espace public. C'était pour les JO. Ça va rester.
La surveillance numérique en France s'est accélérée par paliers discrets : loi sur le renseignement de 2015, LOPPSI 2, loi SILT de 2017, et enfin la loi sur les JO de 2024 qui autorise pour la première fois en Europe la vidéosurveillance algorithmique dans les espaces publics. Les caméras peuvent désormais détecter automatiquement des comportements suspects, des mouvements de foule, des objets abandonnés. La CNIL a émis des réserves sérieuses. Le Parlement européen venait d'interdire la reconnaissance faciale dans le RGPD. La France a contourné ces limites au nom de la sécurité des Jeux. Le risque documenté : une fois les infrastructures en place, elles ne disparaissent pas avec l'événement qui les justifiait. La vidéosurveillance a un efficacité prouvée de 1,13% sur l'élucidation des enquêtes selon la Gendarmerie nationale elle-même. Elle déplace la délinquance, elle ne la supprime pas.
L'argument 'rien à cacher' est démontable en une phrase : si vous n'avez rien à cacher, donnez-moi votre téléphone déverrouillé, vos emails et votre historique de navigation. Le droit à la vie privée n'est pas une protection pour les criminels : c'est la condition de la liberté de pensée, d'expression et de dissidence. Toutes les dictatures ont commencé par surveiller 'pour la sécurité'.
Les études du NIST américain montrent que les algorithmes de reconnaissance faciale ont des taux d'erreur jusqu'à 100 fois plus élevés pour les personnes noires que pour les personnes blanches. Plusieurs hommes noirs ont été arrêtés à tort aux États-Unis sur la base de faux positifs algorithmiques. Une technologie biaisée déployée à grande échelle produit de l'injustice à grande échelle, avec la fausse légitimité de l'objectivité scientifique.
La Gendarmerie nationale a documenté que la vidéosurveillance contribue à élucider 1,13% des enquêtes. Des centaines de millions d'euros dépensés pour ce résultat. Les études criminologiques montrent que la vidéosurveillance déplace la délinquance vers des zones non surveillées, elle ne la réduit pas globalement. L'argent investi en éducateurs de rue, en prévention sociale et en police de proximité a un meilleur rendement sécuritaire documenté.
La loi sur les JO prévoyait une expérimentation jusqu'au 31 mars 2025. Depuis, le gouvernement a annoncé vouloir pérenniser ces outils. C'est le schéma classique des législations d'exception : état d'urgence après 2015 intégré dans le droit commun en 2017, mesures covid qui ont normalisé les restrictions de liberté, surveillance JO qui devient permanente. Les pouvoirs exceptionnels ont une longévité remarquable.
"Le propre d'un État totalitaire n'est pas de surveiller ses citoyens ouvertement, mais de leur faire savoir qu'ils sont surveillés."— Michel Foucault, Surveiller et Punir, 1975