Fiscalité & inégalités
Les milliardaires paient 26% de taux réel d'imposition. Moins qu'un cadre.
Le système fiscal français est régressif tout en haut de l'échelle : les 0,1% les plus riches paient un taux effectif d'imposition inférieur à ceux juste en dessous d'eux. Pas parce qu'ils fraudent (bien que l'évasion fiscale existe), mais parce que le système est légalement conçu pour que leurs revenus, essentiellement du capital, soient taxés moins lourdement que les revenus du travail. L'évasion fiscale représente 80-100 milliards par an selon les estimations. Pour comparaison, la fraude sociale représente 13 milliards, et 56% de cette fraude est le fait d'entreprises, pas d'individus précaires. Le patrimoine médian des 10% les plus dotés est 138 fois supérieur à celui des 10% les moins dotés (INSEE 2024).
Depuis la suppression de l'ISF en 2018, les données montrent plus de retours de contribuables fortunés que de départs. L'IPP l'a documenté. L'argument de l'exil fiscal est surtout médiatique, alimenté par quelques cas spectaculaires (Bernard Arnault en Belgique, qui n'est d'ailleurs jamais parti) et par les lobbyistes des grandes fortunes.
Fraude sociale : 13 milliards (56% commis par des entreprises, pas des individus). Évasion fiscale : 80-100 milliards. Facteur ×7. Les deux sont condamnables. L'une fait systématiquement les unes des journaux télévisés, l'autre les pages économiques. Ce déséquilibre médiatique n'est pas neutre, il oriente l'attention sur les plus précaires, pas sur les plus riches.
Il existe déjà partiellement : depuis 2024, un taux minimum de 15% sur les profits des multinationales (accord G20, 136 pays signataires). L'économiste Gabriel Zucman a calculé qu'un taux de 2% sur les fortunes mondiales des milliardaires rapporterait 250 milliards de dollars par an. C'est faisable, c'est une question de volonté politique, pas de possibilité technique.
Les niches fiscales représentent environ 90 milliards par an en France. Une part significative profite aux contribuables les plus aisés : déductions sur l'investissement locatif, exonérations sur la transmission du patrimoine, réductions pour l'emploi à domicile. Certaines niches sont justifiées socialement, beaucoup ne le sont pas.
Confusion fondamentale : l'héritier n'a jamais payé d'impôts sur cet argent. C'est le défunt qui l'a fait. Recevoir 500 000 euros sans rien faire est un revenu non travaillé comme un autre. 60% du patrimoine des plus riches vient d'héritages ou donations (INSEE). L'argument de la double peine confond le défunt et l'héritier. Ce sont deux personnes différentes.
"J'aime payer mes impôts. Avec eux, j'achète la civilisation."— Oliver Wendell Holmes Jr., 1927