Retraite
Espérance de vie en bonne santé : 64 ans. Âge légal de la retraite : 64 ans.
La réforme des retraites de 2023 (62→64 ans) a été adoptée par le gouvernement via le 49.3, sans vote de l'Assemblée nationale, la mesure la plus impopulaire du quinquennat Macron, à 90% d'opposition dans les sondages. L'argument officiel : le système est en déficit, il faut agir. La réalité des chiffres : en 2023, le système était excédentaire de 8,5 milliards d'euros (Cour des comptes). L'espérance de vie en bonne santé pour les hommes est de 64 ans, exactement l'âge de la retraite désormais. Travailler jusqu'à 64 ans = partir malade ou invalide pour des millions de travailleurs manuels. Et l'écart ouvrier/cadre : 7 ans d'espérance de vie à 35 ans, 10 ans en bonne santé.
Le ratio actifs/retraités baisse, c'est vrai. Mais c'est un problème de recettes, pas uniquement de dépenses. Alternatives délibérément refusées : augmenter modestement les cotisations, taxer les revenus financiers (dividendes, plus-values), réduire les exonérations sur les heures supplémentaires, égaliser public/privé. Le choix a été fait de faire porter l'effort sur les travailleurs, pas sur le capital.
L'âge effectif de départ en France est dans la moyenne européenne. Et la comparaison oublie que les Français commencent à travailler plus tôt, ont cotisé plus longtemps pour beaucoup, et ont des conditions de travail différentes. Un éboueur français de 60 ans n'a pas la même espérance de vie en bonne santé qu'un cadre suédois. Comparer des âges sans comparer les conditions, c'est une statistique tronquée.
Les entreprises du CAC 40 ont versé un record de 60 milliards de dividendes en 2023. Après la flat tax, les dividendes versés ont augmenté de 14 à 23 milliards pour les grandes entreprises. Une légère hausse des cotisations sur ces revenus du capital n'est pas un drame économique, c'est la définition d'un effort de solidarité partagé.
La retraite par répartition est un contrat intergénérationnel : les actifs d'aujourd'hui paient pour les retraités d'aujourd'hui. Ce système mutualise les risques, maladie, chômage, carrières hachées. La retraite à points individualise le risque : si vous avez peu cotisé (femmes aux carrières discontinues, précaires), vous récupérez peu. C'est la privatisation du risque au détriment des plus fragiles.
En 2023, le système de retraites était excédentaire de 8,5 milliards d'euros selon la Cour des comptes. Le COR indiquait des projections bien moins alarmistes que celles présentées. La réforme a été adoptée via le 49.3, sans vote de l'Assemblée nationale. L'urgence était construite politiquement, pas imposée par les chiffres officiels.
"Une étrange folie possède les classes ouvrières : l'amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales."— Paul Lafargue, Le Droit à la paresse, 1880