Climat & transition
2024 : première année à dépasser +1,5°C. Ce n'est plus une projection.
2024 est la première année de l'ère industrielle à franchir le seuil de +1,5°C fixé par les accords de Paris. Ce n'est pas une projection, c'est un constat. Les jours de canicule ont été multipliés par 6 en 40 ans selon Météo-France. La Seine-Saint-Denis a connu +160% de surmortalité lors de la canicule de 2003, faute de climatisation dans les logements. Les premières victimes du dérèglement climatique ne sont pas les riches qui peuvent s'adapter, ce sont les classes populaires qui subissent. 71% des émissions mondiales depuis 1988 proviennent de seulement 100 entreprises selon le Carbon Disclosure Project. La France verse encore 8 milliards d'euros par an en subventions aux énergies fossiles. Ce n'est pas un problème individuel, c'est un problème systémique qui exige des réponses systémiques.
Taxer l'essence des travailleurs qui habitent loin et n'ont pas d'alternative, c'est exactement ce qui a déclenché les Gilets jaunes en 2018. Ce n'était pas un refus de l'écologie, c'était un refus d'une écologie injuste qui fait peser l'effort sur ceux qui ont le moins de moyens de s'adapter. Ce qu'il faut taxer : les jets privés, les yachts, les dividendes des entreprises pétrolières, les surconsommateurs.
Un Français riche émet 31 tonnes de CO₂ par an. Un Français pauvre, 4 tonnes. La moyenne mondiale des populations précaires est bien en dessous de la nôtre. La Chine émet beaucoup collectivement parce qu'elle est en train de s'industrialiser pour produire les biens que nous consommons. Si on inclut les émissions importées, la France émet bien plus que les statistiques officielles ne le montrent.
Personne ne propose de supprimer les hôpitaux ou les bibliothèques. On propose de décroître là où ça n'améliore pas la vie des gens : les jets privés (1 800 passagers pour 17 000 tonnes de CO₂ en 2023), la publicité qui pousse à la surconsommation, l'obsolescence programmée, la fast fashion. Et de croître là où ça compte vraiment : les soins, l'éducation, les transports publics, la rénovation thermique.
Le nucléaire produit peu de CO₂ pour l'électricité, c'est un avantage réel. Mais il ne représente que 17% de l'énergie finale consommée en France (le reste : pétrole, gaz, chaleur). Il ne règle pas les émissions du transport, du chauffage, de l'agriculture. Et construire de nouveaux réacteurs prend 15-20 ans minimum, avec des coûts dépassant systématiquement les prévisions. C'est une partie de la solution, pas la solution.
L'inaction climatique coûte déjà : canicules, inondations, sécheresses agricoles, migrations climatiques. Le coût de l'inaction dépasse massivement le coût de la transition selon tous les rapports économiques sérieux (Stern, Pisani-Ferry). La transition crée aussi des emplois, rénovation thermique, énergies renouvelables, agriculture régénérative, qui ne peuvent pas être délocalisés.
"La Terre est un emprunt de nos enfants."— Antoine de Saint-Exupéry